En quoi consistent ces pratiques
L'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing, désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) a été développée à partir de 1987 par la psychologue américaine Francine Shapiro, puis formalisée en 1990 ; en France, l'association EMDR France a été fondée en 2002. Dans son guide sur les troubles anxieux graves, la Haute Autorité de Santé la définit comme « une thérapie cognitive des troubles psychotraumatiques, basée sur une exposition en imagination au souvenir douloureux couplée à des mouvements oculaires réguliers, et visant à une désensibilisation émotionnelle », composée de trois éléments : l'exposition en imagination à des images évoquant l'événement traumatique, le remplacement des pensées négatives associées par des pensées positives, et la pratique de mouvements oculaires saccadés que le patient effectue en suivant les mouvements du doigt du thérapeute.
Sur Paralib, cette même spécialité regroupe aussi l'intégration par les mouvements oculaires (IMO, ou EMI pour Eye Movement Integration). Malgré son nom, il ne s'agit pas d'une méthode française : elle a été mise au point en 1989 dans le Colorado (États-Unis) par Connirae et Steve Andreas, formateurs en programmation neurolinguistique, puis développée notamment par la psychologue québécoise Danie Beaulieu. Elle repose sur des mouvements oculaires lents et continus, dont le patient choisit lui-même la direction, l'amplitude et la vitesse — à la différence des mouvements rapides et saccadés de l'EMDR. Contrairement à l'EMDR, nous n'avons trouvé aucune publication de la Haute Autorité de Santé, de l'Inserm ou de l'Organisation mondiale de la santé évaluant spécifiquement l'IMO ; les informations disponibles sur cette méthode proviennent presque exclusivement des organismes qui en assurent la formation, ce qui invite à une prudence particulière sur les affirmations d'efficacité qui peuvent l'entourer.
À qui elles s'adressent
La Haute Autorité de Santé identifie l'EMDR, aux côtés de la thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le traumatisme, comme un traitement de choix de l'état de stress post-traumatique (ESPT) chez l'adulte ; elle est contre-indiquée en cas de pathologie psychotique. L'Inserm, dans une synthèse consacrée à cette question, rappelle que de nombreux essais cliniques randomisés confirment son efficacité sur l'ESPT, avec des résultats comparables à ceux des thérapies cognitivo-comportementales, tout en soulignant qu'il ne s'agit pas d'une approche « miracle » : elle ne fonctionne pas sur tout le monde, et son utilisation pour d'autres troubles psychiatriques repose sur des études aux résultats plus limités et mitigés.
Pour l'IMO, faute de synthèse institutionnelle indépendante identifiée, nous ne pouvons pas préciser ici un niveau de preuve comparable à celui de l'EMDR pour l'ESPT.
En cas de mal-être durable, de symptômes évocateurs d'un trouble psychique ou de toute souffrance liée à un événement traumatique, il est recommandé de consulter en priorité un médecin ou un professionnel de santé qualifié.
Comment se déroule une séance
Sur Paralib, les séances proposées par les 327 praticiens actifs rattachés à cette spécialité (420 prestations recensées) durent le plus souvent 60 minutes (durée médiane), pour un tarif médian de 70 € en cabinet. Les séances à domicile (tarif médian 90 €) et en visioconsultation (tarif médian 70 €) sont également proposées par une partie des praticiens. Le déroulé exact dépend de la méthode et du praticien : une séance d'EMDR combine généralement l'évocation guidée du souvenir, un travail sur les pensées associées et des séquences de mouvements oculaires rapides ; une séance d'IMO repose, selon les organismes qui forment à cette méthode, sur des mouvements oculaires plus lents dont le rythme est laissé au patient. Il est recommandé de se renseigner directement auprès du praticien choisi sur sa méthode, sa formation et son éventuelle accréditation avant de prendre rendez-vous.
Cadre et niveau de reconnaissance
Ni l'EMDR ni l'IMO ne constituent une profession réglementée en France : aucune certification RNCP ou RS portant spécifiquement sur ces méthodes n'est enregistrée au registre officiel de France Compétences à ce jour. Le seul titre protégé par la loi dans ce champ est celui de « psychothérapeute » (décret n°2010-534 du 20 mai 2010, pris en application de la loi n°85-772), réservé aux personnes inscrites au registre national tenu par les agences régionales de santé (psychologues, psychiatres, médecins, et, sous conditions de formation complémentaire, certains autres professionnels).
Pour l'EMDR, l'association EMDR France — qui délivre l'accréditation (de droit privé, sans valeur d'État) de « praticien EMDR Europe » — réserve l'accès à sa formation initiale aux psychiatres, psychologues et psychothérapeutes inscrits au registre ARS, ainsi qu'aux internes de psychiatrie à partir de la 3e année ; les médecins justifiant d'une formation solide en psychothérapie et de deux ans de pratique peuvent solliciter une dérogation examinée au cas par cas par sa Commission des Pratiques. Cette restriction est une règle associative, pas une obligation légale : en France, l'exercice de l'EMDR par une personne non professionnelle de santé n'est pas interdit en tant que tel, mais peut relever de l'exercice illégal de la médecine dès lors qu'un diagnostic ou un traitement médical est posé par une personne qui n'y est pas habilitée — la Cour de cassation a ainsi confirmé une condamnation pour exercice illégal de la médecine dans une affaire où des techniques psychocorporelles s'accompagnaient de diagnostics et de conseils thérapeutiques par une personne non médecin (Cass. crim., 9 mars 2010, n°09-81.778). Pour l'IMO, nous n'avons pas identifié d'organisme d'accréditation avec un niveau d'exigence comparable.
Point de vigilance : dans son guide « Santé et dérives sectaires », la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) consacre une entrée à l'EMDR, rappelant que, « non intégrée à un protocole de soins validé par les autorités de santé et exercée par des non-médecins, cette pratique peut présenter quelques dangers en termes de mise sous emprise ». Avant de s'engager dans un accompagnement, il est recommandé de vérifier la qualification et, le cas échéant, l'accréditation du praticien.
Remboursement
Une séance d'EMDR menée par un psychiatre peut être prise en charge comme une consultation psychiatrique classique, dans le cadre du parcours de soins coordonné. Menée par un psychologue, elle n'est remboursable que dans le cadre du dispositif « Mon soutien psy » de l'Assurance Maladie (jusqu'à 12 séances par an à 50 €, remboursées à 60 % par l'Assurance Maladie) ou en centre médico-psychologique. Proposée par un praticien non professionnel de santé, elle n'est pas prise en charge.